J N Darby – Lettre No. 93

J N Darby
John Nelson Darby

Angleterre, 1861

A M. P.

Bien-aimé frère,

J’ai été heureux de recevoir votre lettre. Il m’est très précieux d’avoir des nouvelles de nos chers amis de France, maintenant que je suis très occupé en Angleterre, où l’œuvre s’étend beaucoup ; aussi ne faut-il pas vous étonner que je ne réponde pas toujours ou tout de suite, ou penser que ce soit faute de bonne volonté. De 5 heures du matin à 11 heures du soir, je suis incessamment occupé ; seulement, je me demande quelquefois si j’ai bien fait d’entreprendre autant de travail de cabinet, mais il nourrit, je l’espère du moins, les travaux d’autres frères, plus jeunes et qui ont plus de courage, et je suis heureux de prendre la seconde place, car c’est ainsi que j’estime réellement mon travail actuel. L’après-midi, de 2 à 9 heures, je fais des visites et je tiens des réunions ; mais, étant si absorbé par le travail, je suis d’autant plus content de recevoir des nouvelles des frères. Dieu m’a accordé cette grâce, et je l’en bénis ; j’ai eu ces temps-ci des nouvelles du Midi, moins de la Suisse. Vous pouvez bien penser combien je rends grâces à Dieu de la bénédiction qui se réalise dans l’entourage de nos chers amis de P., et je n’en doute pas, dans leurs cœurs aussi j’espérais toujours que votre cher frère pourrait être un jour utile. Puisse-t-il se tenir très près du Seigneur et lire beaucoup la Parole pour lui-même ; je dis “pour lui-même”, non pour son travail, car c’est la vraie manière de la lire. “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive dit le Seigneur, et de son ventre couleront des fleuves d’eau vive”. On boit pour soi, on a soif pour soi ; c’est ainsi que les fleuves coulent de nous pour les autres : – on vient à Jésus pour cela ; ainsi tout ce qui est “moi”, est jugé foncièrement dans le cœur, et la grâce agit, et cela au fur et à mesure. Sans doute, en se jugeant d’emblée, on marche de cette manière ; mais ce jugement se renouvelle pour les détails. On ne peut bien travailler, si l’on n’est pas dans la communion du Seigneur. Il faut aussi pour cela l’amour des âmes, car, à la suite de l’intérêt qu’on leur porte, on connaît leurs besoins et de quelle manière la Parole s’y adapte. Ainsi le travail se fait avec sérieux, avec humilité, dans un esprit de service, avec le sentiment qu’on a à faire, non seulement avec des pensées mais avec des âmes, ce qui est une différence essentielle. Nous avons à chercher dans notre travail, le sentiment que nous agissons envers les âmes, de la part de Dieu, dans un vrai esprit de service. C’est en cela que les visites sont profitables à notre ministère ; nous pouvons nous y entretenir avec les âmes, soit publiquement, soit en allant de maison en maison, et nous voyons ainsi comment la Parole s’applique à leurs besoins, et ce qu’elles ne comprennent pas. Quelle que soit l’élévation d’une vérité, une âme ne reçoit rien que ce qui s’applique à son état actuel. Quand Jean-Baptiste a parlé de l’Agneau de Dieu, les disciples disent : “nous avons trouvé le Messie.” Quand le Seigneur a parlé d’une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle, la femme dit “Voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Celui-ci n’est-il point le Christ ?”

Pour en revenir aux visites, l’amour de Christ y opère, et se fait aussi sentir à nous ; pour ma part, je trouve qu’elles me font toujours du bien. Je ne crois pas qu’un homme exerce un ministère utile et béni, sans visiter les âmes. Il peut faire de très beaux discours remplis de vérités, mais le lien avec les âmes lui manquera. Dieu, sans doute, peut suppléer à tout ce qui manque, mais on ne peut s’attendre à une bénédiction sentie dans un tel ministère. Il faut que les jeunes médecins visitent les hôpitaux, assistent à la clinique, pour être de vrais médecins. Au reste, cela nous fait du bien à nous-mêmes, cela exerce et nourrit la charité, et Dieu y prend plaisir. Je bénis Dieu quand je le vois susciter des ouvriers. Il nous en a donné un certain nombre, plus d’évangélistes, bénis dans leur ministère, que de pasteurs. Toutefois il y a quelques-uns de ces derniers.

Vous aurez vu, par ma lettre à F., qu’il y a une bénédiction réelle dans ce pays-ci. Il y avait au début quelque excitation, mais qui s’est beaucoup calmée. Deux ouvriers sont réellement bénis, quoiqu’ils comptent trop précipitamment les conversions. L’un d’entre eux, converti dans le réveil, l’année passée, et qui en a les allures, mais réellement dévoué, croit avoir eu depuis un mois 120 conversions; je ne le pense pas, mais je crois qu’il y en a. En tout cas, les dégradés, les malheureux, les catholiques romains, l’écoutent avec attention. Il n’a pas plus de 18 ans. Le cas est exceptionnel ; mais voilà le genre : il tonne et parle cependant avec un vrai amour pour les âmes, seulement je suis convaincu que l’excitation de la chair accompagne son ministère. Je lui écris pour l’en avertir, tout en prenant garde – moi qui suis si froid – de ne pas le décourager ou le refroidir.

Dans quel labyrinthe, humainement parlant, ou plutôt au milieu de quel mélange on se trouve ici-bas. Quelle consolation de savoir que Dieu voit tout comme au travers d’un verre transparent, et que sa grâce parfaite s’occupe de tout ; mais quel motif aussi pour être humble et pour s’anéantir. Je puis dire, grâce à Dieu, que j’ai une entière confiance en lui et que je jouis beaucoup du sentiment de sa parfaite grâce et de sa fidélité, – de la conscience, tout faible que je suis, qu’il est avec moi. Quelle grâce que celle-là ! Mais j’aimerais être plus directement et plus constamment occupé des âmes. Je continue à prêcher, et il y a beaucoup d’assistants.

J’ai de bonnes nouvelles de Montbéliard ; à B., il y a un certain nombre de conversions et beaucoup d’opprobre. On a cherché à y établir une réunion morave ; au moins une dizaine d’entre eux se sont joints aux frères ; les réunions du voisinage sont bénies et se recrutent…

La Parole vous est-elle toujours très précieuse et en éprouvez-vous la puissance quand vous la lisez ? Je vois, plus distinctement que jamais, la puissance pratique de l’Esprit dans la vie chrétienne, et, dans la Parole, la distinction nette entre la vie du dernier Adam et celle du premier. – Ce n’est pas une chose nouvelle, mais elle est plus distincte et plus profonde dans mon cœur, comme aussi la nouvelle position dans laquelle le chrétien se trouve, sans mettre de côté la responsabilité des hommes et l’action de l’Esprit vis-à-vis de cette responsabilité. – Quel tableau nous trouvons au chap.7 des Actes quant à la manifestation extérieure de ces choses : d’un côté, l’homme qui résiste au Saint-Esprit ; de l’autre, l’homme qui en est rempli…

Saluez avec affection les frères,

 

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