J N Darby – Lettre No. 102

J N Darby
John Nelson Darby

New-York, 1867

A M. P.

Bien-aimé frère,

…Quant à la Suisse, je parlais de besoins généraux. Il n’y a que trois frères entièrement à l’œuvre, qui font tout ce qu’ils peuvent, en outre divers frères, chacun dans sa localité. Autrement, cela ne va pas mal. Le long de la Broye il y avait eu des dissentiments ; de tout temps on y était maladif ; mais ce qui était fidèle est devenu plus solide qu’auparavant. Il n’en est pas moins vrai qu’on a grandement besoin d’ouvriers. Je n’ai pas vu la brochure de M. G. ; il l’a envoyée à Londres et m’en a averti, mais ce genre de littérature ne me suit pas ici.

Quant à Béthesda, l’affaire est très simple. Quant M. Newton a enseigné ses blasphèmes, et qu’on lui a bâti une chapelle, Béthesda a reçu les personnes qui en faisaient partie, même les personnes qui retenaient ses doctrines, puis a usé de toute sorte de procédés frauduleux pour cacher le fait, mais a préféré voir sortir de son sein une quarantaine de frères fidèles, plutôt que de ne pas recevoir ces personnes : c’était un parti pris.

Mais le principe va plus loin et l’on en voit les effets partout. En Amérique, il s’agit de l’immortalité de l’âme ; les neutres, comme on les appelle en Angleterre, qui viennent ici, se joignent sans difficulté aux réunions qui nient l’immortalités de l’âme, et au fond par conséquent la valeur de l’expiation. Ils disent : “ce sont des chrétiens” ; et cela leur suffit. Une personne payée par Béthesda, dans le Canada, défendait ouvertement les doctrines de M. Newton, et quelques-uns ici les propagent. Ils ne sont pas de Béthesda, mais marchent dans ses voies et l’approuvent. La question est celle-ci : Est-ce que la vérité est nécessaire aussi bien que la grâce ? L’un d’entre eux, homme actif de ce côté de l’Atlantique, et qui est venu du milieu des neutres de l’Angleterre, m’a dit : Qu’est-ce que la vérité ? Il n’y a pas de vérité certaine qu’on puisse exiger des autres. Il était en pleine communion avec ceux qui niaient l’immortalité de l’âme et qui propageaient cette doctrine, tout en disant qu’il ne partageait pas leurs vues ; – puis il est allé se présenter à Toronto, aux frères, comme un de mes amis, car ce système est partout la ruine de l’intégrité et de la doctrine. Je crois que M. R. a traduit la brochure de M. T. « Béthesda en 1857». Pour ma part, je n’ai jamais rien publié là-dessus. Mais Béthesda est rentré dans le cercle de la mondanité chrétienne.

J’ai été dans l’Ouest, où il y a en quelques endroits du bien ; des portes se sont ouvertes parmi ceux qui parlent le français. L’œuvre fait quelques progrès et les frères commencent à se connaître les uns les autres ; mais c’est une goutte d’eau dans un lac. Cependant le témoignage est là et se propage.

Ici, à New-York, tout est enseveli dans le commerce ; les chrétiens sont tout à fait mondains, à quelques exceptions près, et ces derniers gémissent. – On approuve ouvertement les bals, les théâtres, et les membres des églises y vont habituellement ; c’est une débandade morale dont on ne se fait pas une idée. Il faut être d’une église, c’est honnête, et il ne s’agit pas plus de conversion que de quoi que ce soit. Nous avons à présent une petite réunion, composée de gens fidèles, quoique faibles ; peut-être 25 en tout, mais c’est une ressource pour ceux qui viennent, et un petit témoignage pour ceux qui cherchent, – faible et de peu de valeur, mais où l’on marche en dehors du monde. A Boston, il existe aussi ; la réunion est moins nombreuse, mais plus américaine, et si je ne me trompe, les portes un peu plus ouvertes ; du moins y a-t-il plus de relations avec les gens de l’endroit. J’en forme aussi à New-York, mais je n’y suis qu’en passage.

Au Canada, en deux ou trois endroits, il y a quelque mouvement de l’Esprit de Dieu, entre autres, parmi les Peaux-Rouges ; ils sont plus de 20 à rompre le pain. Sauf cela, on est stationnaire : mais les frères en général marchent bien. Là aussi on manque d’ouvriers. C’est le dévouement qui fait partout défaut. Pour ma part, je suis convaincu qu’il y a bien des dons cachés, qui s’exerceraient s’il y avait plus de foi. Enfin, c’est à Jésus qu’il faut regarder. Ici-bas, tout passe et tout change, nous le savons ; mais nous avons besoin de regarder à lui pour que le cœur soit affermi dans la marche : “Ce qui je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est donné lui-même pour moi.” Avec cela, tout est simple, et bientôt le moment viendra où la vie de la foi en Jésus, la vie de Christ en nous, sera tout ce que nous reconnaîtrons avoir été réel. Tout le reste n’aura été que « se promener en ce qui n’a que l’apparence ». Il est toujours plus clair que le Seigneur est notre tout, et bientôt, Dieu soit béni, Il sera définitivement notre tout. En attendant, c’est la foi, la foi seule qui fait marcher. Il nous encourage quelquefois ; il exerce notre patience à d’autres moments. Pour la foi, tout est clair ; puis la recherche de soi-même disparaît. Au reste, il nous nourrit et nous chérit comme un homme sa propre chair. Tenons-nous près de lui. Toutes les grandes vérités qu’il nous a enseignées me deviennent toujours plus précieuses, et sa Parole est d’un prix infini pour moi, la seule chose vraie et divine dans un monde de mensonge, si ce n’est encore la vie de Christ dans les siens, mais souvent, hélas ! bien mélangée !

Je ne pense pas rester longtemps ici. En y demeurant, j’aurais des portes ouvertes, il s’en ouvre de nouvelles, mais Dieu m’appelle ailleurs.

Paix vous soit, et communion, beaucoup de communion, avec le Seigneur.

Votre bien affectionné frère.

P.S. – J’ai de très bonnes nouvelles des frères d’Angleterre.

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